Financement, comment Jeremie transforme la donne

vendredi 01 janvier 2010

Cela fait plus d’un an que l’on en parle : le fonds européen Jeremie va renforcer les outils de financement des entreprises. Rien n’est encore acté, mais tout le monde s’agite pour ne pas rater le coche. Explications.

Lors des Etats généraux de l'industrie, qui ont tenu leur première session à Nîmes midécembre, un des six ateliers a été consacré au capital des entreprises : « Comme d'habitude, raconte un participant, le banquier présent a été critiqué
! Il a pris pour l'ensemble des banques, jugées trop frileuses par les chefs d'entreprise ».
Comme d'habitude également, l'ensemble des business angels régionaux étaient présents (Sud Angels, Melies et évidemment la Soridec), pour porter ensemble un même message : nous, structures d'accompagnement, il nous faudrait un fond d'accompagnement, qui prendrait le relais des fonds d'amorçage. L'amorçage, des outils performants Les fonds d'amorçage, autrement dit le financement de l'entreprise avant qu'elle ait un produit à commercialiser, sont finalement relativement simples à trouver.
Le premier niveau est tout simplement ce qu'on appelle le « love money », autrement dit l'argent levé auprès du cercle familial et du cercle le plus proche du chef d'entreprise.
Il y a ensuite certains business angels, qui disposent de plus de moyens depuis la loi Tepa de 2007. Cette loi a permis aux investisseurs des réductions conséquentes
sur l'ISF ou sur l'impôt sur le revenu du montant du capital qu'ils investissent dans
le capital d'une PME. Le fonds Melies a ainsi pu bénéficier de l'attrait de cette loi : les deux SAS Melies comptent aujourd'hui 180 sociétaires, et ont levé 550 000 euros, entièrement investis dans de jeunes entreprises régionales. En 2009, Melies a réalisé dix opérations. Si on y ajoute les investissements privés faits en plus par les actionnaires de Melies en leur nom propre, ce sont 850 000 euros qui auront été investis dans les PME régionales. Un troisième fonds Melies devrait être lancé en 2010.
Pour cette phase d'amorçage, on peut rajouter l'outil à part que représente Crealia :
contrairement aux autres outils qui prêtent en rentrant au capital des PME, Crealia accorde des prêts sur l'honneur et ne rentre pas au capital de l'entreprise, ce qui permet au créateur d'enrichir ses fonds propres et d'aborder plus sereinement la suite tout en restant seul maître à bord s'il le souhaite. Bref, pour toute la phase d'amorçage, les outils existent et sont performants.
Derrière l'amorçage arrive le capital-risque. Et c'est là, de l'avis de tous, que les chefs d'entreprise ont parfois du mal à trouver les fonds dont ils auraient besoin.
Deux choses vont changer le paysage du capital-risque en 2010. La première concerne la restructuration de la Soridec, la deuxième concerne Jeremie. Cet outil, créé par la Région et l'Europe, doit permettre de créer un fonds de coinvestissement pour les PME du Languedoc-Roussillon. Les appels d'offre sont en cours pour la partie capital-investissement.
Les deux dossiers, l'évolution de la Soridec et l'arrivée de Jeremie, sont en fait liés. Car la Soridec réalise sa mutation dans l'espoir d'accueillir Jeremie.
La société régionale de capital-investissement, qui a fêté récemment ses 25 ans, étend en effet son action pour couvrir l'ensemble des besoins de l'entreprise.
Aujourd'hui actionnaire de quelque 66 PME régionales, la Soridec crée donc une société de gestion, SFPI Gestion, qui « aura pour vocation de lever des fonds d'investissement nouveaux », explique son directeur général, Bertrand Religieux. Objectif : doubler dans les deux ans qui viennent les fonds gérés pour atteindre 50 à 60 millions d'euros. Courant 2010, la Soridec va ainsi se doter de nouveaux outils, en créant un fonds ISF et un FCPR (fonds commun de placement à risques) pour lever quelque vingt millions d'euros.
Le fonds Jeremie viendrait donc compléter ce dispositif dans sa partie capital-investissement pour faire de la Soridec l'interlocuteur incontournable du financement des PME, à tous les stades de leur développement.
A priori, précise un analyste financier, « l'appel d'offre a été taillé sur mesure pour la Soridec » et il serait donc étonnant de ne pas la retrouver dans les décisions finales. Quelque soit l'intermédiaire financier retenu au final dans l'appel d'offre, l'intérêt de Jeremie repose de toute façon sur le coinvestissement.
« Si nous sommes retenus, poursuit Bertrand Religieux, à chaque dossier, nous chercherons un coinvestisseur qui investira autant que le Fonds Jeremie ».
L'appel d'offre lancé mi-novembre était ouvert jusqu'à la mi-janvier. Le temps de mettre les process en place, les premiers fonds pourraient être débloqués dans les entreprises en 2011.

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Les principaux acteurs du financement des entreprises en région
• Crealia : fonds d'amorçage sous forme de prêts sur l'honneur. Crealia ne rentre pas au capital des PME. Association présidée aujourd'hui par Stéphane Marcel, créateur de Neotic.
• Soridec : société régionale de capitalinvestissement, présidée aujourd'hui par Daniel Capelle, dirigeant des Transports Capelle près d'Alès. Les deux principaux business-angels,
• Melies et Sud Angels, dans lesquels sont investis d'anciens capitaux-risqueurs régionaux et des chefs d'entreprises. Les fonds ISF, développés par des sociétés de gestion, des banques ou par des institutionnels, comme l'a fait récemment l'Union patronale 66.